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Benny Eliram

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Blog d'auteur de Benny Eliram

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La poésie est morte

Comme monsieur Jourdain qui se rend compte qu'il dit de la prose depuis quarante ans, n'importe qui serait à même d'écrire de la poésie car il pratique la rime. Deviennent poètes les adolescents en crise existentielle, les chanteurs "à texte" (il vaut mieux d'ailleurs), les slammers, les romantiques du quotidien et les ménagères. Inversement, les étagères consacrées à la poésie dans les librairies sont désertées. A l'exception de quelques grands classiques qu'achètent, malgré eux, les collégiens et les lycéens, il n'existe plus de poètes en-dehors de ce mémoriel entretenu par l'éducation nationale. La poésie est un art qui a un pied dans la tombe et l'autre qui se font dans l'oubli. La poésie est morte.

Ma réflexion sur cet art mortifié exige de faire une autopsie. Peut-être car, à l'origine, elle se confond avec la prière, le désenchantement du monde analysé par Marcel Gauchet atteint ce genre littéraire par ses racines. Toutefois, depuis la Poétique d'Aristote, on différencie une poésie "profane" d'une poésie "sacrée". Si le mal n'est pas endémique, d'où provient-il ? Plusieurs symptômes expliquent cette lente déchéance amorcée dans la seconde moitié du XXe siècle pour que la poésie meure en ce début du XXIe siècle. Parmi ceux-ci, je vois deux raisons majeures au-delà des talents individuels. En premier lieu, l'édition et de nouvelles logiques propres à ce secteur a fini par précipiter la poésie en un genre mineur, totalement délié du marché. C'est un état de fait que l'on peut déplorer mais qui est indubitablement lié à cette deuxième raison qu'est un changement de société a entraîné. Sans reprendre la thèse de Marcel Gauchet dont je faisais référence auparavant, c'est davantage dans la déperdition de l'esthétisme qu'il faut y voir ce changement notable. Et bien plus qu'une déperdition dont les valeurs post-matérialistes appréhendent l'art comme un moyen d'être et non une finalité en soi d'exprimer l'idée sensible, la poésie est touchée - comme tout genre littéraire - par la confusion entre le "beau" et le "bien". Cette confusion apporte la platitude du moment comme le moyen d'être délie les artistes de la pratique pour leur consacrer un statut social illusoire. Mais ce qui touche la littérature est d'autant plus dramatique au niveau du genre poétique dans la mesure où, sensible et expressive à son paroxysme, elle ne peut plus amorcer sa mue pour convenir aux logiques mercantiles. Certains chanteurs comme Georges Brassens ou Leonard Cohen ont adapté leur poésie à la musique. D'autres, comme Emir Kusturica, l'ont induite dans le cinéma. Quand, finalement, certains écrivains parsèment leur roman de poésies à l'exemple de Salman Rushdie pour ne citer que lui. Bien que ces artistes aient un succès certain, ça n'empêche que la poésie, genre littéraire, n'existe plus en tant que tel.

Alors, que faire ? Probablement, donner au poète une autre image que celle représentée dans la société, passer outre les logiques commerciales et, surtout, réhabiliter la démarche esthétique qui différencie les vers de ces phrases à rimes. En cela, si la poésie appartient à tout le monde, il persiste une séparation entre ce genre littéraire et une langue qui se veut poétique. C'est dans la réhabilitation du genre que la langue s'en trouvera, au final, amélioré. Pour le moment, on ne peut que regretter la mort de la poésie mais, pour en écrire et vous en faire part suffisamment sur cet espace, je forge un espoir messianique dans la renaissance de cet art.

Publié le 22/01/2010 à 13h05 dans Ecriture

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