Ecriture

Vendredi 12 février 2010 5 12 /02 /2010 13:48
Un créateur - quel qu'il soit - interroge constamment ses influences pour les dépasser. Appliquant la célèbre phrase socratique "Connais-toi toi-même et tu connaîtras l'univers et les dieux", il reste ce qui étaye mon univers littéraire et lui donne, malgré tout, l'harmonie qu'il mérite.

Alors que je réécris mon roman, ce sont ces influences éparses que je retrouve. La phantasie de la littérature de la Mittleuropa en premier lieu, les références mêlées aux mythes indoeuropéens et sémitiques en deuxième lieu et, surprise, certains codes narratifs issus de la culture japonaise en troisième lieu. N'ayant jamais dépassé cette "frontière" qu'est l'Oural, on pourrait se demander comment ils me sont parvenus. La réponse est simple pour relever d'un critère générationnel : la télévision.
dragonball.jpgComme nombre de petits français, j'ai été nourri par les fictions nippones que diffusaient le Club Dorothée : Les chevaliers du zodiaque, Dragon Ball, Ken le survivant et autres "animes". Si, en grandissant, la plupart de mes contemporains n'avait plus d'autre intérêt pour la fiction japonaise que celui de la nostalgie, moi j'ai persévéré. A l'époque où internet ne permettait pas de réduire le temps et l'espace des tarifs douaniers, j'achetais dans ma boutique de jeux vidéos préférée des figurines excessivement chères, des mangas illisibles et regardais septique ce que des lèvres articulées prononcée en japonais. A l'ère du streaming et des mangas diffusés en ligne, je visionne et suis de manière assidue de multiples séries pour lesquelles je laisse parfois mes impressions sur Twitter. Parmi mes préférées - et les plus originales -  Blame! de  Tsumotu Nihei ou Ergo proxy du scénariste Dai Sato. Plus classiques mais pas moins révolutionnaires : Akira de Katsuhiro Otomo, Le chateau  ambulant de Hayao Miyazaki ou Metropolis du génial Osamu Tezuka. Bien entendu, j'en oublies volontairement des dizaines d'autres mais je désirais, au moins, rendre hommage à celles-ci.
ergoproxy.jpgPourtant, malgré ces références, je n'ai jamais eu une attirance particulière pour la culture nippone. A l'inverse des sushis girls and boys, mon japonais se limite à quelques mots entendus et répétés. Je n'ai pas le sens du ridicule pour pratiquer le cosplay et me rendre à des conventions. Ce n'est que bien plus tard, récemment même, que je me suis mis à lire des écrivains nippons, à m'instruire sur le pays du soleil levant et à envisager un voyage. Probablement d'ici deux ans, si mes projets "professionnels" aboutissent...

A l'ère de l'autobiographie, du spectacle démesuré ou de son pendant intimiste, je trouve davantage de codes narratifs dans l'univers manga plutôt que ceux de l'Amérique devenu moralisatrice et l'Europe qui n'a plus que son passé pour pleurer. Cette affirmation n'est pas synonyme d'acculturation comme je l'ai expliqué précédemment. Je garde pour moi mes cultures multiples et mon enracinement certain dans une sphère de conscience. Pour élever le propos, j'ai mon "idée de monde", certes liée à mes références mais autonome envers celles-ci. C'est  davantage d'une sensibilité artistique partagée qui me rapproche des créateurs japonais : mangaka, réalisateurs et écrivains. Exception faite de la musique nippone que je trouve encore plus niaise que les chansons d'amour grecques. C'est dire !

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Vendredi 22 janvier 2010 5 22 /01 /2010 13:05
Comme monsieur Jourdain qui se rend compte qu'il dit de la prose depuis quarante ans, n'importe qui serait à même d'écrire de la poésie car il pratique la rime. Deviennent poètes les adolescents en crise existentielle, les chanteurs "à texte" (il vaut mieux d'ailleurs), les slammers, les romantiques du quotidien et les ménagères. Inversement, les étagères consacrées à la poésie dans les librairies sont désertées. A l'exception de quelques grands classiques qu'achètent, malgré eux, les collégiens et les lycéens, il n'existe plus de poètes en-dehors de ce mémoriel entretenu par l'éducation nationale. La poésie est un art qui a un pied dans la tombe et l'autre qui se font dans l'oubli. La poésie est morte.

Ma réflexion sur cet art mortifié exige de faire une autopsie. Peut-être car, à l'origine, elle se confond avec la prière, le désenchantement du monde analysé par Marcel Gauchet atteint ce genre littéraire par ses racines. Toutefois, depuis la Poétique d'Aristote, on différencie une poésie "profane" d'une poésie "sacrée". Si le mal n'est pas endémique, d'où provient-il ? Plusieurs symptômes expliquent cette lente déchéance amorcée dans la seconde moitié du XXe siècle pour que la poésie meure en ce début du XXIe siècle. Parmi ceux-ci, je vois deux raisons majeures au-delà des talents individuels. En premier lieu, l'édition et de nouvelles logiques propres à ce secteur a fini par précipiter la poésie en un genre mineur, totalement délié du marché. C'est un état de fait que l'on peut déplorer mais qui est indubitablement lié à cette deuxième raison qu'est un changement de société a entraîné. Sans reprendre la thèse de Marcel Gauchet dont je faisais référence auparavant, c'est davantage dans la déperdition de l'esthétisme qu'il faut y voir ce changement notable. Et bien plus qu'une déperdition dont les valeurs post-matérialistes appréhendent l'art comme un moyen d'être et non une finalité en soi d'exprimer l'idée sensible, la poésie est touchée - comme tout genre littéraire - par la confusion entre le "beau" et le "bien". Cette confusion apporte la platitude du moment comme le moyen d'être délie les artistes de la pratique pour leur consacrer un statut social illusoire. Mais ce qui touche la littérature est d'autant plus dramatique au niveau du genre poétique dans la mesure où, sensible et expressive à son paroxysme, elle ne peut plus amorcer sa mue pour convenir aux logiques mercantiles. Certains chanteurs comme Georges Brassens ou Leonard Cohen ont adapté leur poésie à la musique. D'autres, comme Emir Kusturica, l'ont induite dans le cinéma. Quand, finalement, certains écrivains parsèment leur roman de poésies à l'exemple de Salman Rushdie pour ne citer que lui. Bien que ces artistes aient un succès certain, ça n'empêche que la poésie, genre littéraire, n'existe plus en tant que tel.

Alors, que faire ? Probablement, donner au poète une autre image que celle représentée dans la société, passer outre les logiques commerciales et, surtout, réhabiliter la démarche esthétique qui différencie les vers de ces phrases à rimes. En cela, si la poésie appartient à tout le monde, il persiste une séparation entre ce genre littéraire et une langue qui se veut poétique. C'est dans la réhabilitation du genre que la langue s'en trouvera, au final, amélioré. Pour le moment, on ne peut que regretter la mort de la poésie mais, pour en écrire et vous en faire part suffisamment sur cet espace, je forge un espoir messianique dans la renaissance de cet art.

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Samedi 12 décembre 2009 6 12 /12 /2009 20:05
Lors du salon maçonnique, j'ai été surpris que l'on me demande sincèrement : "Et en quoi consiste le travail du scénariste ?". Moi qui pensait naïvement que depuis le duo Goscinny et Uderzo tout le monde avait plus ou moins conscience du métier, je me suis retrouvé à expliquer l'exercice délicat du scénariste sous des yeux circonspects. J'ignore si, finalement, je suis parvenu à les convaincre mais j'ai trouvé mon explication assez pertinente pour la mettre sur ce blog. 

A la question : "En quoi consiste le travail du scénariste ?", c'est davantage l'écriture du scénario que l'on questionne plutôt que l'activité quotidienne, ordinaire, de l'auteur. En cela, un scénario peut se définir comme un plan à l'usage du dessinateur afin de structurer l'histoire graphique. Ceci exige du scénariste de maîtriser le temps et l'espace. Le temps car il faut avoir penser en amont à chaque instant de l'action entendu comme autant de "scènes", "actes" ou "stages" selon les auteurs. L'espace car l'exercice exige que l'histoire soit séquencée matériellement en plusieurs cases. Viennent dans cette considération spatiale d'autres variables comme les personnages, les lieux et les objets. Une fois le temps du récit et sa compréhension dans l'espace formés, le travail du scénariste tend au détail  par les dialogues et  les descriptions graphiques.

Voici un exemple d'une case écrite par mes soins :

case-copie-1.jpg
... qui a donné lieu à une traduction graphique par SaT :

pieuvre.jpg
Maintenant, vu que le scénariste et le dessinateur travaillent par définition ensemble, le respect du travail de l'un correspond aux attentes et possibilités de l'autre. C'est véritablement dans la capacité à intégrer l'imaginaire du dessinateur au sien que se situe le travail du scénariste. Car une bonne bande-dessinée c'est une histoire mais - avant tout - un trait de crayon, le scénariste doit être le "sherpa" de son dessinateur et non son commanditaire.


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Lundi 21 septembre 2009 1 21 /09 /2009 17:18

Les poésies publiées précédemment sur cet espace (Grey art et Kafka's bug) interviennent autrement qu'une simple tentative d'écriture en anglais. Elles sont le résultat d'un plus large exercice pour lequel je me devais d'oublier les codes syntaxiques du français, et ce, afin d'opérer une innovation en matière stylistique. Cet exercice n'avait là d'ambition que de me rapprocher au plus près de la substance sensible qui s'égard, parfois, lorsque l'on est un romancier fort conceptuel : l'action. Car à l'inverse du français qui est une langue introspective, l'anglais a pour elle une résonance sensible dans l'action que j'ai essayé de saisir. Pas la peine de développer davantage ces aspects techniques tant la tentative fut vaine, je dois l'admettre. Aussi, mes poèmes en anglais ressemblent à s'y méprendre à leurs congénères en français ; probablement le niveau de langue et la subtilité en moins. Encore que, si le succès me permettait d'exporter ma prose, j'aurai pu considérer l'expérience comme une approche différente plutôt qu'un raté...

Pourtant cet exercice m'a amené à quatre conclusions. La première est l'abandon de ma part et à l'avenir de toute idée d'expériences stylistiques. Ainsi faut-il croire qu'il y a des traits qui ne s'effacent plus avec l'âge, tout juste dévient-ils lentement. La deuxième étant que, même si mon anglais est pour l'instant lacunaire, j'arrive néanmoins à baragouiner quelques mots intelligibles et vaguement littéraires. La troisième, rejoignant la troisième, veut que je persiste dans mon exploration de la langue anglaise pour que s'en dégage un style différent, quoi qu'un peu semblable j'espère, à celui en français. La quatrième, couronnant les deux précédentes, fait que l'expérience m'amène à considérer de nouvelles possibilités. Le népotisme qui règne dans l'édition hexagonale m'oblige à abandonner des histoires et thématiques qui, pourtant, seraient susceptibles d'intéresser les lecteurs. Aussi, et sans remettre en cause cette langue française qui parle à mon esprit autant qu'une autre parle à mon âme, l'anglais pourrait être un véhicule intéressant pour une littérature plus légère mais néanmoins créative.

 

 


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